Bi nationalisme, une Terre, deux Peuples.

Mon Projet de Documentaire :

Note d’intention

Encore un projet sur les relations israélo-palestiniennes et le lourd passif de plus de cinquante années de conflit. Voilà la question qui résonne souvent devant un projet documentaire sur ce thème. Tout n’a-t’-il pas déjà été dit ?

Cela dépend évidemment de la manière dont sont posées les questions et des réponses apportées. Cette question rappelle d’ailleurs, indirectement, celles que pouvaient se poser les témoins des guerres successives qui opposèrent les Français et les Allemands jusqu’à l’avènement de la CECA qui fonda les bases de l’Europe en 1951. Derrière l’aspect purement économique, la volonté était de réunir les anciens ennemis encore meurtris par la Seconde Guerre mondiale, en contrôlant les productions de charbon et d’acier sur lesquelles reposait l’industrie de guerre. Ce qui les avait divisés devenait alors un élément fédérateur. À son origine, la création de l’Europe pouvait apparaître comme un projet utopique. Cependant, il mit fin à une longue hostilité historique en créant un système d’échanges économique, social et culturel entre deux peuples jadis ennemis, établissant ainsi les bases d’une coexistence pérenne et profitable aux parties impliquées. Dans le conflit israélo-palestinien, on retrouve des tentatives de coopération sur le plan économique qui ont été à la source des accords de paix : « Durant la période Oslo, bien qu’Israël continuât systématiquement à voler les terres des Palestiniens et à y implanter des colons juifs, il y eut de nombreux actes, en particulier de coopération économique, entre Palestiniens et juifs israéliens. Cette coopération est restée largement dans l’ombre des médias, si bien qu’elle n’a pratiquement pas été prise en compte. L’eau est un facteur de collaboration israélo-palestinienne et c’est un accord sur l’eau qui a été à l’origine du processus d’Oslo. Même si celui-ci a mal tourné, il reste un facteur de paix au Proche-Orient aujourd’hui ». (27 janvier 2005 Alexandre Suer s’entretient avec le professeur Eliyahou Rosenthal, Proche-Orient.info).

chaos

Aujourd’hui, face à une société mise en pièces, le terrain de connexion et de consensus est représenté par l’état de guerre avec les Palestiniens. La paix israélo-palestinienne passe par la déconstruction du mythe de l’ennemi. Il est devenu difficile de déterminer si l’hostilité du monde arabe est une donnée permanente ou si la «menace existentielle» est une conception destinée à dissimuler le fait qu’une absence de paix sert les intérêts israéliens bien mieux que ne ferait l’obtention de la paix.

Quel élément structurant pourrait alors réunir juifs et arabes si ce n’est le territoire qu’ils se disputent depuis 1948. Dans le conflit israélo-palestinien, deux peuples s’affrontent et revendiquent le droit à l’auto- détermination nationale sur le même territoire, lequel est considéré par chacune des deux parties comme sa patrie historique. Le conflit est militaire, mais il possède aussi une dimension morale. C’est un fait que chacune de ces revendications contradictoires est juste. De plus, chaque revendication est dans un certain sens « absolue », l’exigence de survivre. Face à ce constat de nombreux intellectuels comme Amnon Raz-Krakotzkin, Ella Shohat soulignent le trait d’union « judéo-arabe » et défendent qu’il existe déjà une réalité bi nationale « judéo palestinienne». De leur point de vue, le bi nationalisme critique s’oppose à la fois à l’idée de séparation (entre juifs et palestiniens) et à l’idée de laïcisme en tant qu’elle se constitue comme incarnant l’Occident éclairé et pacifiste contre l’Orient obscurantiste et belliciste. Le retour à la terre promise, l’identification à l’Occident, vont dans le sens d’une séparation de l’identité juive d’avec l’identité arabo-musulmane. Ainsi, le sionisme nie que la terre elle-même puisse avoir une histoire indépendamment de son peuplement juif au XIXe et au XXème siècle. Michel Warshawski définit ainsi le rôle du bi nationalisme : « Le concept du bi nationalisme est, aujourd’hui, essentiel dans la pédagogie politique d’organisations israéliennes se revendiquant d’une position démocratique qui, dans le cas de l’État sioniste, signifie démocratique révolutionnaire. En effet, Israël se définit comme « État juif », pris dans son sens d’État aussi démographiquement juif que possible. Or, dans une optique démocratique, cette conception se doit d’être deux fois rejetée : d’abord, parce que l’idée d’un État ethnique est haïssable et toujours lourde d’une obsession démographique et d’une tentation à l’épuration ethnique ; ensuite, parce que dans la réalité concrète d’Israël, elle implique inévitablement une discrimination structurelle et institutionnalisée contre les populations non juives, et en particulier la (grande) minorité palestinienne. C’est précisément le privilège accordé aux juifs, privilège auquel le sionisme est voué, qui renforce l’idée que les Israéliens seraient justifiés dans les exactions terrifiantes qu’ils infligent aux Palestiniens. C’est donc bien, en l’occurrence, la doxa qu’il faut absolument réfuter ».

filles muslim

La société israélienne est travaillée par un problème de démocratie. Avant tout, il s’agit d’affirmer qu’il n’y a pas une mais plusieurs identités juives. En effet, loin d’être cet ensemble homogène qui avait été théorisé par les pères fondateurs, c’est un système complexe qui a dû faire ses comptes non seulement avec la présence arabe, qui se monte officiellement à 20% et, dans les formes illégales, rejoint même 35% de la population, mais aussi avec d’autres composantes et ethnies. Le concept d’Israël comme État des juifs s’effrite quand on considère, par exemple, qu’il y a un demi-million de Russes qui ne sont pas juifs et qui ne se considèrent pas comme tels. « C’est bien là la raison pour laquelle il est impératif, en Israël, de mener des campagnes de sensibilisation et d’éducation sur le thème du bi nationalisme, comme antidote au concept de l’État juif, comme alternative à l’État ethnique. Ceci, indépendamment des objectifs concrets de la lutte politique, un État palestinien en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza ou autre chose. Les valeurs de coexistence, de partenariat, de coopération doivent être notre réponse à la philosophie de la séparation et à la politique des murs. » (Face aux impératifs de la revendication nationale, lundi 22 mai 2006 par Michel Warshawski). Au vu de l’équilibre démographique qui sera atteint en 2010 entre Israël et les territoires palestiniens, il semble évident que la paix est la meilleure option stratégique pour Israël.

Aussi notre projet repose sur ce constat : Israéliens et Palestiniens existent sur le même territoire. Et c’est ce trait d’union « judéo-arabe», cette réalité bi nationale qu’il faut révéler dans les expériences quotidiennes afin de rompre avec les clichés et réaliser un travail sur les présupposés. La pluridisciplinarité et la complexité du débat nécessitent d’énumérer les idéologies afin d’en définir leurs racines.

C’est pourquoi, ce travail, comprendra une recherche et l’obtention des droits d’une somme d’images d’archives destinées à retracer dans les grandes lignes les premières implantations, le débat chez les intellectuelles de l’époque, l’apparition du sionisme, l’avènement de la seconde guerre mondiale, la lutte contre les puissances coloniales, la création de l’État d’Israël, les guerres successives et leur traité de paix, l’occupation, l’Intifada, la question des réfugiés, la question de Jérusalem, le retour aux territoires de 1967… L’énumération des partis pris idéologiques est importante, car elle permettra de comprendre les débats politiques et les théories qui s’affrontent aujourd’hui autour de la question d’un État, deux États. Les interviews viendront ensuite souligner les points de vue en les ordonnant suivant les thématiques débattues autour du discours sur la paix.

enfants palestiniens

Cela nous permettra d’énumérer les expériences et les combats menés pour assurer l’avènement de la paix. Même s’ils sont encore peu nombreux, des Israéliens et des Palestiniens ont décidé de vivre ensemble et de lutter ensemble. Nous décrirons les pratiques dans la société civile où collaborent juifs et arabes en évitant les partis pris en faveur de l’une ou l’autre cause, en donnant la parole à tous afin que de cette complexité émergent des points de rencontre et de dialogue. Ce discours est assez peu relayé par les médias et parfois sous-estimé chez ceux qui entendent défendre les Palestiniens. Or, il existe un camp de la paix. Il rassemble Palestiniens et Israéliens et dépasse les divisions, les murs, les violences et les injustices. L’expérience de Névé Shalom s’étend sur 40 ans, mais elle est restée minoritaire. Cette expérience utopique, d’élever les enfants israéliens et palestiniens dans les deux langues, œuvre pour l’égalité des droits et l’entente entre les deux peuples. Elle favorise ainsi la reconnaissance de l’autre et de ces différences culturelles dans un souci de partage.

 

Les Israéliens n’ont pas le droit de se rendre dans les territoires occupés. Pourtant des militant-e-s y vont régulièrement. Sur le plan politique, le parti « Bi national » (le parti communiste) et beaucoup de groupes bi nationaux – comme l’AIC (Alternative Information Center) animé à la fois par Michel Warchwawski et par des Palestiniens des territoires occupés – sont des lieux de débats entre Israéliens et Palestiniens afin de générer un partenariat constructif. La séparation des deux peuples, et non leur coexistence, est généralement considérée comme l’unique but des processus paix passés et en cours. Pour l’AIC, cet « Idéal » de paix séparée n’est pas viable à tous les points de vue : d’abord parce qu’il se fonde sur l’a priori que le soupçon et la haine sont indépassables, alors qu’ils perpétuent le conflit ; ensuite parce que l’avenir des deux nations est inévitablement entrelacé (partage de la terre, de l’eau et des ressources) ; enfin, car il tourne le dos aux réalités géopolitiques du XXIème siècle, lesquelles exigeront une coopération à facettes multiples. D’autres associations jouent cette fonction comme « Les Femmes en Noir », « l’Association des familles endeuillées », « Taayoush » (vivre ensemble). Quelques voix s’élèvent aussi jusque dans les rangs de l’armée pour refuser de continuer à mener des actions militaires en Cisjordanie ou à Gaza. Le refus d’obéir se fait entendre, comme en témoigne cet appel de militaires israéliens qui se dénomment « Refuzniks » et déclarent : « … nous ne continuerons pas à combattre au-delà de la ligne verte pour dominer, expulser, affamer e humilier tout un peuple. » (paru dans le Haaretz, 25 janvier 2000).

Pendant des années, rencontrer des dirigeants palestiniens était un crime passible de prison. Pourtant des Israéliens comme Uri Avnéry, Matti Peled ont eu le courage de rencontrer Yasser Arafat quand c’était politiquement très incorrect. Uri Avnéry est cofondateur de Gush Shalom (Bloc de la Paix), mouvement israélien qui milite pour la paix et en vue de la création d’un État palestinien. Sur ce point, Gush Shalom est en accord avec le mouvement Shalom Archav (la paix maintenant), qui prône un retour aux frontières de 1967, la partition de Jérusalem et la création d’un État palestinien distinct d’Israël au côté de celui-ci sous le slogan de « Deux peuples, deux États » qui défend une idée différente que celle du bi nationalisme. Quoi qu’il en soit, la coopération entre les deux nations sera indispensable, non seulement dans les domaines de l’économie et des infrastructures, mais aussi pour promouvoir des alliances éducatives, sociales et culturelles.

Aujourd’hui, les associations des camps de réfugiés travaillent régulièrement avec des anticolonialistes israéliens. Des personnes telles que Ilan Halévi, qui fut représentant officiel de l’OLP en Europe et pour l’Internationale socialiste, se décrit comme « 100 % juif et 100% arabe » (Allers-retours, Flammarion, Paris, 2005). Il fut également vice-ministre des Affaires étrangères de l’OLP dans le gouvernement de Mahmoud Abbas et a participé à la Conférence de Madrid de 1991. Selon Hanan Ashrawi (dans « Ce Côté-ci de la Paix: un Compte personnel »), Ilan Halévi fut membre de Maavak (Lutte), décrit comme un « petit groupe radical israélien antisioniste », au début des années 1970. En 1973, au déclenchement de la Guerre du Kippour et suite au changement de stratégie des activistes palestiniens dans les Territoires occupés, il adhéra à des groupes incluant des Israéliens et des Palestiniens militants contre l’occupation. Très critique vis-à-vis du sionisme, Halévi a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet et est membre fondateur de la Revue des études palestiniennes (1981). Il vit actuellement entre Paris et la Cisjordanie. À ses côtés, Uriel « Uri » Davis (né en 1943 à Jérusalem), citoyen israélien, professeur d’université et activiste, s’interroge sur la citoyenneté, l’apartheid et la démocratie en Israël et dans le Moyen-Orient. Il a été le vice-président de la Ligue israélienne des droits civils et des droits de l’Homme, et conférencier en Irénologie (Science de la Paix) à l’Université de Bradford. Il se définit comme « antisioniste et Juif palestinien ». Les anarchistes contre le Mur manifestent régulièrement à Bil’in avec les villageois. Des associations israéliennes travaillent pour dénoncer les check points, les démolitions de maisons, les emprisonnements et avec les Palestiniens, elles cherchent à ressusciter la mémoire des villages détruits en 1948. Les Israéliens qui ont établi des liens d’égalité et de fraternité avec les Palestiniens sont sans doute peu nombreux (« une petite roue » dit Michel Warschawski). Toutes ces personnes sont en quelque sorte les porte-parole de cette volonté de reconnaissance de l’Autre.

doigt

J’aimerais donner la parole à ces groupes et ensuite illustrer cette pratique de collaboration aux différents domaines de la société civile comme la littérature, le cinéma, le théâtre et la musique, c’est-à-dire dans le champ de la production artistique qui met en jeu des projets réalisés par des Palestiniens, Israéliens ou Arabo-israéliens. Différentes expériences existent dans le théâtre arabe en Israël, comme le théâtre juif arabe de Jaffa ou encore dans la musique avec le West Eastern Divan Orhestra créé par le chef d’orchestre israélien David Barenboïm avec l’écrivain Edward Saïd afin de montrer que les deux peuples peuvent dépasser leurs situations conflictuelles grâce à la musique et combattre les préjugés qu’ils ont les uns envers les autres.

Toutes ces actions sont en effet fondées sur la conviction que l’éducation à la paix est primordiale, dans le respect et la prise en compte de l’Autre, de ses différences et de ses spécificités culturelles.

Entre optimisme et pessimisme, épuisement et espoir, il s’agit de proposer une constellation d’images et de récits, élaborés par celles et ceux qui, « envers et malgré tout », créent et échangent des deux côtés du mur malgré la brutalité du présent. Ils tentent par leur action de préparer l’avenir afin de dégager les bases d’une société apaisée à laquelle ces deux peuples aspirent. Je souhaite donner à chacun le droit d’exprimer ses idées, en recherchant les points de rencontre qui permettent de créer le dialogue avec l’Autre. Penser la frontière, ce qui sépare, c’est aussi penser ce qui réunit. Au-delà du mur qui sépare n’y a-t-il pas l’idée de la brèche qui peut réunir ? La fracture c’est le symbole. C’est aussi la marque de la paix comme la définit le Rabbi Nahman de Braslav, grand maître de l’Hassidisme: « on appelle Shalom – paix – l’union et l’harmonie de deux entités contraires. Alors, ne sois donc pas effrayé si tu rencontres une personne qui pense exactement le contraire de ce que tu penses ! Tu auras l’impression qu’il est impossible de s’accorder avec elle, mais c’est une erreur. De même, si tu rencontres deux personnes qui sont de caractères totalement opposés, ne dis pas : « il est impossible de les réconcilier ! » Car, précisément, c’est l’union et l’harmonie de deux parties contraires qui s’appelle « Shalom ».

Le 4 novembre 1995, quelques minutes avant d’être assassiné, Itzhak Rabin prononçait un discours lors d’une manifestation pour la paix, sur la grande place de Tel-Aviv qui, depuis, porte son nom : « Je crois qu’aujourd’hui, il existe une chance pour la paix, une grande chance. Nous devons en profiter… La violence s’attaque à la base de la démocratie israélienne. Elle doit être condamnée et isolée. Ce n’est pas la voie de l’État d’Israël… Je voudrais dire sans détour que nous avons trouvé chez les Palestiniens aussi un partenaire pour la paix: l’OLP, qui était notre ennemi… Sans partenaires pour la paix, il ne peut y avoir de paix… Il s’agit d’un parcours semé de difficultés et de douleur. Pour Israël, il n’est pas de chemin qui soit sans douleur. Mais la voie de la paix est préférable à celle de la guerre ».

 

Synopsis

Le propos documentaire promotionne la question de la paix comme postulat essentiel, rompant ainsi avec le discours dominant sur le conflit israélo-palestinien qui représente toujours ses deux principaux acteurs comme irréconciliables. Dans la littérature, le cinéma, le théâtre ou la musique, par le biais des arts produits par des Palestiniens, Israéliens et Arabo-israéliens collaborent pour la reconnaissance de l’Autre dans des projets politiques, mais aussi dans la société civile avec toutes les associations qui défendent la paix. Il existe de nombreuses scènes sur lesquelles l’Autre trouve sa place dans un dialogue où, malgré les divisions, des points de rencontre prennent vie. Des groupes interethniques ou interreligieux, des O.N.G. s’efforcent de construire une relation basée sur les valeurs de coexistence, de partenariat, de coopération. C’est un mouvement qui conteste la philosophie de la séparation et la politique des murs. Il suffit de visiter la région pour constater que séparer ces deux peuples est impossible dans la réalité. Ils sont l’un par-dessus l’autre et dépendent les uns des autres. Ce constat révèle l’existence d’une réalité binationale « judéo palestinienne ». Comme tout documentaire, ce travail est une fiction du réel, un document construit à partir de témoignages montés dans des séquences signifiantes dans lesquelles prend vie le discours de la paix.

A propos PetitFilms

Je suis un photographe et cinéaste français et uruguayen.
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